Moquer (verbe)
Définition de l'Académie française (éd. 1986)
| Verbe |
XII e siècle. D'origine obscure.
I. V. tr. Railler, tourner en dérision, en ridicule, rire de. Moquer un camarade. Moquer une institution, une tradition. Il a été cruellement moqué. Si vous en usez comme cela, vous vous ferez
II. V. pron. Se
1. Se railler de quelqu'un ou de quelque chose, en faire un objet de dérision. On s'est moqué de lui, de son costume. Cette femme s'est moquée de vous, vous a berné. Par litote. Fam. On ne s'est pas moqué de lui, se dit d'une personne à qui l'on a fait des largesses, que l'on a reçue avec faste, etc. Absolt. Ne pas parler, ne pas agir sérieusement. Quand je dis cela, vous voyez bien que je me moque. Vous vous moquez, je pense. C'est se
2. Mépriser ou braver ; montrer de l'indifférence, du dédain, de la désinvolture à l'égard de quelqu'un ou de quelque chose. Travaillez et moquez-vous du reste ! C'est un homme qui se moque de l'opinion publique, qui se moque de tout. Se
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
Se railler de quelqu'un ou de quelque chose, en rire, en faire un sujet de plaisanterie ou de dérision. "On s'est moqué de lui. On s'est moqué de son costume. Cette femme s'est moquée de vous."
Il signifie aussi Mépriser, braver, témoigner son dédain. "C'est un homme qui se moque de l'opinion publique, qui se moque de tout. Il s'est moqué des remontrances qu'on lui a faites, de tous les avis qu'on lui a donnés. C'est se
Il se prend quelquefois absolument et signifie alors Ne pas parler, ne pas agir sérieusement. "Quand je dis cela, vous voyez bien que je me moque. C'est se
Par civilité, "Vous vous moquez de moi, vous vous moquez," Vous me traitez avec trop de cérémonie, vous poussez trop loin la politesse. "Vous vous moquez, je ne passerai pas avant vous."
Prov. et fig., "Il ne faut point se
MOQUER s'emploie aussi avec le verbe FAIRE. "Si vous en usez comme cela, vous vous ferez
Dictionnaire d'Emile Littré
| Verbe |
1 Tourner en ridicule quelqu'un.
VOLT.: « On ne rit point du ridicule des gens qu'on ne connaît point ; voilà pourquoi M. de Mazarin disait qu'il ne se moquait jamais que de ses parents et de ses amis »
Tourner en ridicule quelque chose.
CORN.: « Des mystères sacrés hautement se moquait »
ROLLIN: « Pour se
VOLT.: « On commence à respecter très peu l'aventure de Curtius, qui referma un gouffre en se précipitant au fond lui et son cheval ; on se moque des boucliers descendus du ciel »
VOLT.: « On se plaignait de l'envie en Grèce, on s'en plaignait à Rome, et je m'en moque quelquefois en France »
GENLIS: « La malignité saisit un ridicule et s'en moque ; la sottise se moque sans aucune raison »
2 Témoigner par des paroles ou par des actes qu'on ne fait nul cas de quelqu'un ou de quelque chose.
CORN.: « Faisons nos sûretés et moquons-nous du reste »
CORN.: « Ce héros voit la fourbe et s'en moque dans l'âme »
PASC.: « Je me moque de ces auteurs-là, s'ils sont contraires à la tradition »
SÉV.: « Si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu'on se moque de vous.... nous trouverons que vous avez raison »
SÉV.: « Je me moque de ces moments d'amitié qui ne laissent aucun crédit à ceux que l'on aime »
QUIN.: « Il se moque des lois, se rit des immortels »
Mme DE CAYLUS: « À peine Mme du Maine fut-elle mariée qu'elle se moqua de tout ce que M. le Prince lui put dire »
VERTOT: « Antoine, qui se voyait aux portes de Rome à la tête d'un puissant corps de troupes, se moqua du décret »
VOLT.: « Pie II envoya, au roi une épée bénite, mais il se moqua de lui, et ne donna point à son cousin le royaume de Naples »
Je m'en moque comme de l'an quarante, sous-entendu de la république, dicton employé par les royalistes pour exprimer qu'on ne verrait jamais l'an quarante de la république.
Se
SÉV.: « N'est-ce pas se
BOSSUET: « On ne peut se
MARIVAUX: « Voilà une drôle de façon d'honorer un honnête homme, que de mettre une troupe de coquins après lui, c'est se
VOLT.: « L'ange Ituriel se moque du monde, de vouloir détruire une ville si charmante »
BOISSY: « Allez, monsieur, vous vous moquez des gens »
C'est se
3 Se
LA BRUY.: « Elle se moque de se piquer de jeunesse »
4 Refuser en ridiculisant, ne pas tenir à.
MOL.: « Je me
MOL.: « Je veux ce soir lui donner pour époux un homme aussi riche que sage ; et la coquine me dit au nez qu'elle se moque de le prendre »
5 Absolument. Ne pas parler, ne pas agir sérieusement.
MAIRET: « En nous flattant il semble qu'il se moque »
LA FONT.: « On crut qu'il se moquait ; on sourit, mais à tort »
MOL.: « Votre père se moque ; et ce sont des chansons »
MOL.: « Ah, monsieur Fleurant, c'est se
SÉV.: « Nous ne songeons plus qu'il y ait eu un comte de Guiche au monde ; vous vous moquez avec vos longues douleurs »
Par civilité. Vous vous moquez de moi, vous vous moquez, c'est-à-dire vous me traitez avec trop de cérémonie, vous poussez trop loin la politesse.
MOL.: « Éraste : Je vous prie de m'excuser de l'incivilité que je commets. - M. de Pourceaugnac : Vous vous moquez »
HAMILT.: « Il me dit que je me moquais ; que ces compliments ne se faisaient pas entre amis »
GENLIS: « Vous moquez-vous ? de grâce, ne prenez pas garde à moi ; entre amis et voisins les compliments doivent être bannis »
6 Être moqué, être tourné en ridicule.
J. J. ROUSS.: « Les esprits forts qui s'étaient moqués de la fée furent moqués à leur tour »
VAUVENARGUES.: « Qui n'a pas été opprimé par les puissants, moqué par les faibles, fui et abandonné par tous les hommes ! »
7 Se faire
PROVERBES
SÉV.: « L'abbé Testu dit rudement à notre voisine : Mais, madame, si elle vous avait répondu que la pelle se moque du fourgon, qu'auriez-vous dit ? Monsieur, dit-elle, je ne suis point une pelle, et elle est un fourgon »
Donner à plus riche que soi, le diable s'en moque, signifie que, les largesses faites à des riches étant rarement désintéressées, le diable ne doit pas en tenir compte, ou bien qu'il est ridicule de donner à plus riche que soi.
REMARQUE
1. On notera que
2. À côté de se faire
D'ABLANCOURT: « Ne vaut-il pas mieux porter son mal en patience, que de se faire
D'ABLANCOURT: « Il se fait
LA FONT.: « Xanthus avait une femme de goût assez délicat, et à qui toutes sortes de gens ne plaisaient pas ; si bien que de lui aller présenter sérieusement son nouvel esclave [Ésope], il n'y avait pas d'apparence, à moins qu'il ne la voulût mettre en colère et se faire
BOSSUET: « C'est un orgueil indiscipliné qui se vante, qui va à la gloire avec un empressement trop visible ; il se fait
DANCOURT: « Je me ferais
LA BRUY.: « Certains particuliers qui.... excitent par une dépense excessive et par un faste ridicule les traits et la raillerie de toute une ville qu'ils croient éblouir, et se ruinent ainsi à se faire
SAINT-SIMON: « Albergotti s'évanouit chez Mme de Maintenon, et, tout à la mode qu'il fût, se fit
MONTESQ.: « Je crus que je me ferais
D'ALEMB.: « Un étranger qui écrirait en français croirait bien faire que d'emprunter beaucoup de phrases à Molière, et se ferait
PICARD: « Tu te fais
HISTORIQUE
XIIIème siècle
Hist. litt. de la France, t. XXIII, p. 727: Teus [tel] me tient ore en grant honneur et en grant reverence qui adont se
la Rose, 6542: Vostre orguel ne vaut une coque ; Sachiés que fortune vous moque
Ren. 22137: De joste son seignor se sist Au mangier, et maintenant rist De Renart qui les a moquiez
JOINV.: « Le bon comte de Soissons, en ce point là où nous estions, se moquoit à moy [plaisantait avec moi] et me disoit : Seneschal, lessons huer ceste chiennaille »
J. DE MEUNG: « Sa fame et si enfant vraiement s'en anuient ; Li estrange le moquent, et li sien le defuient [fuient] »
XIVème siècle
Modus, f° CXIX: Quant l'empereur vist l'escript, il fut tout esmerveillé, et dit que le clerc s'estoit moqué de luy
DU CANGE: « Nariller, frotter la narine ou mouquer [subsannare] »
XVème siècle
CH. D'ORL.: « Ainsi de moy fort amour se mocquoit »
XVIème siècle
RONS.: « Et que le mocqueur soit à mocquer si adestre, Que le mocqué s'en rie, et ne pense pas l'estre »
AMYOT: « Ils y apprenoient à s'entre-
AMYOT: « Les tribuns ne se feirent que rire et
AMYOT: « Diogenes, à un qui luy disoit, ' Ceux là se moquent de toy, ' ' Je ne m'en tiens, dit-il, point pour moqué. ' Voulant dire qu'il reputoit ceulx là seuls estre moquez, qui se passionnent et se troublent pour des
RAB.: « Et ce je appelle moque Dieu, non oraison »
MONT.: « Qui de nous ne se mocque de veoir.... »
MONT.: « Le fourgon se mocque de la paele »
CHARRON: « Elle [la vieillesse] se faict mocquer d'elle »
ÉTYMOLOGIE
Provenç. mochar ; angl. to mock. Diez rapproche l'espagnol mueca, grimace, de
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
Se railler de quelqu'un ou de quelque chose, en rire, en faire un sujet de plaisanterie ou de dérision. "On s'est moqué de lui. On s'est moqué de son habit, de sa danse. Cette femme s'est moquée de vous."
Il signifie aussi, Mépriser, braver, témoigner par ses actions, par ses paroles, qu'on ne fait nul cas de quelqu'un ou de quelque chose, qu'on ne s'en inquiète point. "C'est un homme qui se moque du blâme, qui se moque de l'opinion publique, qui se moque de tout. Il s'est moqué des remontrances qu'on lui a faites, de tous les avis qu'on lui a donnés. C'est se
Il se prend quelquefois absolument, et signifie alors, Ne pas parler, ne pas agir sérieusement. "Quand je dis cela, vous voyez bien que je me moque. C'est se
Par civilité, "Vous vous moquez de moi, vous vous moquez," Vous me traitez avec trop de cérémonie, vous poussez trop loin la politesse. "Vous vous moquez, je ne passerai pas avant vous. Vous vous moquez de vouloir me reconduire."
Prov. et fig., "La pelle se moque du fourgon", se dit Lorsqu'une personne se moque d'une autre qui aurait autant de sujet de se
Prov. et fig., "Il ne faut pas se
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
s'emploie quelquefois avec le verbe "Faire. Si vous en usez comme cela, vous vous ferez
Il s'emploie aussi au participe avec le verbe "Être. Il fut moqué de tout le monde."
Ce verbe est familier dans toutes ses acceptions.
Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)
["Moké". 2e "é" fer.] 1°. Se railler de.... en plaisanter. 'On "s'est moqué de" lui, "de" ses propôs, "de" ses vers, "de" sa danse.
- 2°. Mépriser. 'Il "se moque de" père et de mère. = Braver, '"Se
- 3°. Ne dire, ne faire pas sérieûsement. 'C' est "se
- 4°. Faire hors de propôs. 'C'est "se
"Rem." Quelques Auteurs l'ont employé au passif. 'La crainte "d'être moqué". On dit plutôt, la crainte qu'on ne "se moque de" moi, "de" nous, "de" vous, "etc." 'Est-ce la crainte d'"être moqué", qui vous retient? Et "par" qui le serez-vous? "Mariv." 'Ils "furent moqués" et chassés ignominieûsement. "Rollin". 'Les esprits forts, qui "s'étoient moqués de" la Fée "furent moqués" à leur tour. "J. J. Rousseau". Reine Fantasque. Ici l'oposition fait pâsser le passif, qui n'est pas fort usité.
- On lit aussi, dans l'"Année Litt." 'À~ présent qu'il "est" non-seulement refusé, mais joué, "moqué". On y emploi même le participe adjectivement, ce qui est encôre plus extraordinaire. 'Le Soldat eut honte de son action, et "moqué de" ses camarades, il se remit à pied. = Le proverbe dit que: les "moqueurs sont souvent moqués"; mais le style proverbial a de grands droits, et ne doit point tirer à conséquence.
- Je ne dois pas dissimuler qu'on voit dans "Trév." cet exemple. 'Il "fut moqué de" tous ceux qui le virent; et que l'"Académie" remarque que "moquer" s'emploie avec le verbe "faire": vous "vous ferez
- Enfin "Boileau" a dit dans sa Xe Satire:
Que sous ce joug "moqué" tout le monde s'engage.
Je doute que cela puisse se dire, même en vers.
On dit proverbialement: "se
Emplacement dans le dictionnaire :
| montrer montreur montueux monture montûre monument monumental | moqué moque moquer (se) moquerie moquette moquettes | moqueur morâilles morailles moraillon moraine moral morale |
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Edmond ROSTAND (Cyrano de Bergerac)...soeur Marthe Soeur Claire un tout petit regard ! Soeur Marthe un tout petit pruneau ! Mère Marguerite je le dirai, ce soir, à Monsieur Cyrano. Soeur Claire, épouvantée. non ! Il va se moquer ! Soeur Marthe il dira que les nonnes sont très coquettes ! Soeur Claire très gourmandes ! Mère Marguerite, souriant. et très bonnes Soeur Claire n'est-ce pas, mère Marguerite de Jésus,...
Citation n°2 de René BOYLESVE (La Leçon d'amour dans un parc)
...pour la première fois, et appela aussitôt le jeune homme par son nom. Il sursauta et devint plus blanc que le marbre du Cupidon. Ninon lui dit ce qu'elle venait faire là et lui conta, non sans se moquer, la croisade de sa grand'tante et de Mademoiselle De Quinconas. Elle désignait du doigt l'ouvrage de François Gillet privé de sa fleur. Elle tira celle-ci hors de la feuille de papier et la...
Citation n°3 de Robert de FLERS (Monsieur Brotonneau)
...vous dire, c'est à cause... de ce qui vous est arrivé... Brotonneau. -ah ! Vous savez ? Louise. -oui, monsieur... on sait dans la maison... Brotonneau. -et vous venez sans doute pour vous moquer de moi... comme les autres. Louise. -oh ! Non, monsieur ! Ne dites pas ça... il ne faut pas dire ça... Brotonneau. -si vous avez envie de rire, ne vous gênez pas... Louise. -oh ! Non, monsieur......
Citation n°4 de Émile MOSELLY (Terres lorraines)
...se mettre sur le passage de Pierre, à l'endroit où ils attachaient leur barque dans les roseaux. Sans doute, il fallait avoir peu de fierté pour agir ainsi. Les gens qui la voyaient devaient se moquer d'elle. Cela lui importait peu. Elle n'avait plus qu'un désir, le voir, respirer l'air qui l'avait frôlé. Et dans le naufrage où sombraient ses rêves de bonheur et ses projets d'avenir, cela seul...
Citation n°5 de Émile MOSELLY (Terres lorraines)
...de montre, trahissant le trouble qui s'était emparé d'elle. Enfin, il lui dit, la voix changée et balbutiante : - pourquoi regardez-vous les gens qui passent sur la rivière, avec l'air de vous moquer d'eux ? Elle s'arrêta, et lui dit bien en face : - je regarde ce qui me plaît, et parce que cela me plaît. Et les yeux noirs eurent encore leur expression de douceur profonde. Puis la danse recommenç...
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